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Les corps économiques expéditionnaires au sein de l’armée américaine ?

Kenneth R. Weinstein

Les difficultés auxquelles les Etats-Unis ont du faire face pour mettre en place un gouvernement démocratique en Iraq ont données naissance à d’importants débats, au Pentagone comme parmi les spécialistes de politique étrangère.  

Certains affirmèrent que les Etats-Unis n’ont jamais vraiment eu de projets précis pour le gouvernement de l’après-guerre. Selon d’autres, l’offensive contre le parti Baas irakien n’a fait qu‘éveiller l’hostilité des Sunnites, qui se virent retirer leur statut politique dominant dans une nation majoritairement chiite. Les anciens officiers du Pentagone Douglas Feith, Paul Wolfowitz et feu Peter Rodman, ont mis en exergue le rôle du State Department. Ce dernier n’a jamais mis en place de stratégie cohérente pour assurer la transition d’un contrôle de l’armée américaine à un gouvernement irakien. Le projet de « l’Irak du Futur », destiné à fournir un cadre propice à l‘évolution démocratique, n’a abouti qu‘à une floraison de publications. Enfin, l’institution a entravé les tentatives visant à mettre en place un gouvernement provisoire au pouvoir juste après la fin des opérations de combat.

La meilleure discussion que j’ai entendue à ce sujet était une rencontre à l’Hudson Institute en mai 2008 à propos d’un livre de Doug Feith, intitulé War and Decision, rédigé sans l’ombre d’une amertume.

A l’heure des difficultés soulevées par le contexte de l’après-guerre, une nouvelle contribution cruciale émerge : celle de Carl Schramm. économiste distingué, qui dirige désormais la Ewing Marion Kauffman Foundation à Kansas City. La Kauffman Foundation a été créé avec l’objectif de promouvoir l’entreprenariat et la croissance économique.  

Schramm porte un regard attentif sur les situations chaotiques des périodes d’après-guerres dans des pays comme l’Iraq, l’Afghanistan ou Haïti. Il constate qu’il y a très peu de progrès économique dans ces régions, et ce en dépit des investissements ainsi que des efforts de reconstruction et de stabilisation. Schramm met ces échecs sur le compte de la doctrine dominante en matière de développement, à savoir que de fortes économies ne peuvent pas émerger dans des pays pauvres. 

Cette conviction a conduit les Etats-Unis et leurs partenaires internationaux à adopter une approche de planification aux missions de développement. Apparemment, l’objectif est de rehausser l‘économie à son niveau d’avant la crise. Mais cela ne suffit pas. Schramm met en avant le fait que l‘économie soit souvent le problème original aux régions en crise. La « stabilité » économique résultant de l’extraction des ressources naturelles ou de la criminalité n’a de « stabilité » que le nom. Les dictateurs et les seigneurs de la guerre peuvent facilement dominer ces économies « unidimensionnelles ». Schramm défend l’idée que la meilleure alternative est d’encourager la croissance économique par entreprenariats dynamiques et novateurs. Ce type de croissance offre du potentiel et diversifie un secteur privé avec des opportunités « plus attractives que trafiquant sur le marché noir ou faisant des bombes ». De plus, Schramm pense que les Etats-Unis devraient incorporer la croissance économique au sein de leurs stratégies de reconstruction post-crises. Il appelle les militaires à jouer un rôle clé dans ce qu’il appelle les « corps économiques expéditionnaires ». Attaquant la doctrine fossilisée dominante au sein de la communauté internationale du développement, Schramm recommande que le militaire doit mener l’effort d’interagir avec les gens, le tout en s’appuyant sur des expériences pratiques (tels les personnes ayant fondés des entreprises dans le passé).   

La conviction de Schramm, selon laquelle le style économique américain (opportunité et prospérité) peut plaire à des sociétés ou la culture populaire américaine n’est pas forcément implantée, est assez répandue. De même pour l’idée selon laquelle le secteur privé peut fournir davantage de stabilité économique qu’un secteur public dominé par un seigneur de la guerre ou un dictateur. Il est sur la bonne  voie.   

Les notes de Schramm ne permettent pas d’affirmer avec certitude que le gouvernement américain dispose des outils pour mettre en uvre sa stratégie. Il recommande alors de recourir davantage à des forces militaires déjà débordées. Un tel réflexe n’est pas nouveau. En effet, en Iraq comme en Afghanistan, les forces militaires ont la charge de mettre en uvre les taches de reconstruction et de stabilisation. Mais ces métiers sont souvent mieux accomplis par les civils. Le gouvernement américain doit donc mettre en place une capacité civile. De tels efforts n’en sont qu‘à leurs débuts. Les « corps de réserve civiles » tant vantés, destinés à rapprocher les fonctionnaires retirés et cités par le président Bush dans son Discours sur l’Etat de l’Union de 2007, ne comptent plus que quelques douzaines de membres.        

Schramm soulève un problème plus large dans cet article. Les agences de développement à l’image d’USAID (l’Agence américaine pour le développement international) ne considèrent pas leurs tâches comme « partie d’une stratégie plus large pour le pays en question, ou pour promouvoir les intérêts américains ». Cela est critique. Nous n’aurons pas de « corps économiques expéditionnaires » (ni tout autre outil de stabilisation et de reconstruction) tant que le gouvernement ne disposera pas des outils pour agir et que ses agences n’adopteront pas la mentalité nécessaire.

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