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Le Japon et le nucléaire après Fukushima, quelles perspectives?

Kenneth R. Weinstein

La catastrophe de Fukushima a entraîné une véritable crise énergétique. Ce drame a non seulement eu des conséquences considérables du point de vue humain et environnemental mais a également entrainé un débat sur lénergie atomique dans de nombreux pays européens, au premier rang desquels la France qui, depuis lépoque de De Gaulle, a fortement investi dans ce type d‘énergies.

La crise est néanmoins avant tout présente au Japon, pays dont la dépendance à lénergie atomique est relativement importante du fait de la quantité limitée de ressources naturelles disponibles sur le territoire. Pour le Japon, le choix dinvestir dans le nucléaire s’explique par une volonté de se libérer de la dépendance énergétique de ses voisins.


Cette catastrophe constitue donc avant tout un défi pour le pays lui-même dans la mesure où il faut à présent trouver une alternative à la pénurie énergétique quimplique la remise en cause de lénergie nucléaire. Il sagit de réfléchir en termes dinnovation. Faire face à cette épreuve requiert avant tout de ne pas sattarder sur le passé et dêtre pragmatique quant à lavenir du pays.

Le Japon doit prendre une décision importante pour son avenir, une décision difficile mais néanmoins nécessaire pour déterminer la trajectoire économique que le pays doit prendre et éventuellement inspirer les autres sur lattitude à adopter. Cela permettrait au Japon dentrevoir la possibilité de regagner sa place de leader dans le monde global. Le pays aurait donc besoin dun gouvernement efficace, surtout au vu du statut incontesté qua acquis la Chine dans la région, une Chine dont le développement économique na pas subi de ralentissement majeur depuis plusieurs décennies. En effet, il faut rappeler que lan dernier, le pays a remplacé le Japon en temps que deuxième économie mondiale.



Le défi énergétique nest pas insurmontable si le problème est attaqué de front. Lhistoire du Japon a prouvé que le pays en était capable. Après avoir connu une industrialisation accélérée sous lère Meiji, les japonais se sont distingués par leur capacité à innover. La situation dépend donc de la capacité du gouvernement actuel à gérer la crise.

Si lincident de mars 2011 a eu de telles répercussions, cest quil sagit certes dune catastrophe naturelle, mais des décisions humaines sont également en cause, principalement lentreprise de construire des centrales nucléaires dans des zones à risques, sans avoir pris la peine de mettre en place les mesures nécessaires pour minimiser les risques.

A Fukushima, par exemple, la centrale nucléaire datait de quarante ans. Si des efforts avaient été entrepris afin de la surélever, ne serait-ce que de cinq ou six étages au-dessus du sol, les chances déviter les ravages dun tsunami auraient été bien plus importantes.

Cet incident est donc révélateur dune crise de gouvernance en général, qui remet en cause le système japonais dans son fondement même et résonne comme un signal dalarme sur les dangers du nucléaire. Cela nous amène donc à repenser lavenir des institutions japonaises et la recherche plus active de nouvelles énergies.

Limpact de Fukushima au niveau international sexplique quant à lui en partie par le fait que la perception de lincident est considérablement différente de celle de Tchernobyl en 1986. En effet, dans le cas de la catastrophe soviétique, la vétusté des infrastructures était considérée comme une cause majeure de lincident, ne remettant pas en cause lutilisation de lénergie nucléaire en temps que telle de la même manière. Daprès cette interprétation, il était improbable quune catastrophe semblable se produise dans d’autres pays où les normes étaient censées être mieux mises en oeuvre. Mais lexpérience de Fukushima est aujourdhui vue comme la preuve que le nucléaire civil pose un réel problème de sécurité.

Cest pourquoi dans dautres pays également, le débat a été lancé sur lavenir du nucléaire. Certaines personnalités en Europe comme Cohn-Bendit ont particulièrement insisté sur laspect démocratique, se montrant en faveur dun référendum au niveau européen. Ce genre de referendum, en revanche, pourrait facilement virer à la démagogie. Au-delà des discours, ce que sest passé au Japon est vraisemblablement peu comparable à lindustrie nucléaire en Europe et il faut se garder des comparaisons hasardeuses.

Néanmoins, lincident de Fukushima a le mérite de rappeler aux pays européens quil est dangereux de ne pas diversifier ses sources dénergie. Le contexte est également à prendre en compte, étant donné quen Europe saffirme régulièrement une certaine culture de la prévention du risque, qui pourrait expliquer cette réaction (on connaît le principe de précaution contre lavenir).

Quoi quil en soit, si les installations présentes en France par exemple ne sont pas directement mises en cause, ce sont les développements futurs du nucléaire auxquelles la catastrophe de Fukushima a donné un coup darrêt, à limage des projets de construction en Inde par lentreprise Areva.