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Mitt Romney, un futur président "normal"

Kenneth R. Weinstein

En l’espace d’un mois, Mitt Romney a bouleversé la vie politique américaine et les enjeux de l‘élection présidentielle. Encore donné pour battu en septembre, il est aujourd’hui en tête de cinq des sept derniers grands sondages nationaux et semble tout près d’une victoire historique le 6 novembre.

Si Mitt Romney est élu, ce sera grâce à sa stratégie, qui devient de plus en plus évidente. L’ancien gouverneur du Massachusetts a viré à droite pendant les primaires républicaines pour assurer sa nomination. Ensuite, il a choisi comme colistier Paul Ryan, président de la commission du budget à la Chambre des représentants et grand favori des intellectuels conservateurs. Ce choix lui a permis de s’assurer l’appui de la base du parti républicain et de se prémunir contre toute critique interne de sa politique. Ainsi pouvait-il incarner sa véritable personnalité lors des trois débats présidentiels : celle d’un pragmatique de centre droit.

Ses bonnes prestations ont été essentielles. Mais la clé de son succès reste la perception du public, en particulier chez les électeurs indépendants, parmi lesquels le président sortant a gardé une confortable avance.

Mitt Romney a compris qu’après douze années de pratique présidentielle dominée par des soucis idéologiques, le public se fatigue et attend une politique plus pragmatique et une meilleure coopération des partis à Washington. Ainsi, la candidature de Mitt Romney, dirigée contre Barack Obama, s’oppose aussi, mais avec subtilité, à George W. Bush.

A l‘égard de Barack Obama, la critique est claire : la vision économique de l’actuel président est étatiste et régulatrice, donc incapable d’amorcer la croissance nécessaire pour endiguer le chômage. Pour Mitt Romney, la crise ne peut être résolue qu‘à partir du secteur privé, notamment des PME. Le bilan de l’administration Obama est calamiteux : 23 millions d’Américains au chômage total ou partiel, et une augmentation inouïe de la dette nationale – passée de 5 à 16,2 trillions de dollars entre 2009 et 2012. En outre, en privilégiant la redistribution par rapport à la croissance, le président a rendu impossible toute coopération avec les républicains.

Face à Barack Obama, Mitt Romney affiche son expérience du secteur privé. Comme des dizaines de millions d’entrepreneurs à travers le pays, il est conscient des effets néfastes des impôts et de la régulation sur la croissance et l’investissement.

Plutôt qu’un idéologue, Mitt Romney s’est imposé comme un dirigeant se basant sur les faits et le bon sens, et non sur de vagues intuitions. À Bain Capital (fonds d’investissement où Mitt Romney travaillait avant de se lancer en politique), il a aidé à la création de grandes marques nationales. Appelé à la rescousse à Salt Lake City en 2002, Romney devait redresser une gestion déficitaire et corrompue, rétablir la réputation des Jeux olympiques, et finalement clore son budget avec un excédent de 100 millions de dollars.

Ses talents de négociateur lui seront également précieux au cours de sa carrière politique. Gouverneur républicain d’un Etat démocrate, le Massachusetts, Mitt Romney apprend à transcender les lignes partisanes pour travailler avec les leaders démocrates et faire aboutir d’importantes réformes dans les domaines de la santé et de l‘éducation. Contrairement au président, Mitt Romney a une vraie qualité d‘écoute et sait travailler avec des adversaires pour atteindre un objectif commun.

Quant à sa critique de George W. Bush, elle doit se lire entre les lignes. Sa vision de la politique étrangère est plus modérée. Si les deux hommes sont convaincus de l’existence d’un “ exceptionnalisme américain “ — ce qui a conduit Mitt Romney à critiquer la politique du “leading from behind” (diriger de l’arrière) -, le candidat républicain n’a pas hésité à se montrer plus proche des positions de Barack Obama, notamment sur l’Afghanistan.

En s’opposant aux deux hommes, Mitt Romney se présente comme un pragmatique conscient de ses propres limites : un homme capable de relancer l‘économie, de maîtriser les dossiers et de coopérer avec un Parlement démocrate. Le pays, semble-t-il, souhaite cette fois une présidence normale. Mitt Romney, le politique et le businessman, expérimenté et pragmatique, est bien l’homme capable de l’assurer.

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